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auxiliaires > do > sémantisme > sortie du continuum
DO auxiliaire n'est pas un verbe (et ne doit pas être confondu avec DO verbe = faire), mais un opérateur linguistique. De même que les mathématiques posent des opérations avec des chiffres, la langue pose des opérations avec des mots et des signes : DO auxiliaire + GNS + BV + (GNO) + ?
Nombre d'opérations sémantiques - constat, confirmation, validation, impératif négatif / emphatique, négation, question, questionnement, interrogation, tags - s'effectuent avec l'auxiliaire / l'opérateur DO.
Mike Lester Rome News-Tribune, Rome, GA Cagle
7 June 2010
Il y a par ailleurs d'autres opérations, qui, elles, utilisent des auxiliaires de modalisation / les modaux : can, will, must, may, etc.
DO auxiliaire s'emploie très souvent. Ses formes sont simples, limitées et peu variées : ' DO, ' DON'T, ' DO NOT ' DOES, ' DOESN'T, ' DOES NOT D'YOU/YA (forme contractée) = DO / DID YOU/YA
Forme archaïque : doth
Négation > not Rappelons qu'à l'exception du verbe BE (I'm not happy), et de l'infirmation de l'antériorité dans le passé : HAD + not + p. passé, la négation passe par DO auxiliaire :
DO + NOT + BV I don't want to go. Voir aussi > Suite d'enoncés en DO
DO auxiliaire précède et met en relief / en évidence la base verbale (BV), qui est la forme non conjuguée - forme brute - du verbe :
I don't like to be alone in the night And I don't like to hear I'm wrong when I'm right And I don't like to have the rain on my shoes But I do love you But I do love you "But I Do Love You", http://www.azlyrics.com/lyrics/leannrimes/butidoloveyou.html
Dans de nombreux cas (reprise par auxiliaire > ellipse), la BV est sous-entendue et n'apparaît pas après DO auxiliaire. Cet opérateur a alors "le dernier mot" : il valide (DO) ou invalide (DO + NOT) la relation prédicative (sujet-complément), fonctionnant parfois comme un couperet, donnant à la séquence un aspect lapidaire, définitif. La discussion est close.
Steve Nease
Emphase (insistance) :
I do need a new computer. J'ai vraiment besoin d'un nouvel ordinateur.
Autre exemple > http://www.nytimes.com/2009/11/04/opinion/l04teach.html
Validation + emphase (ce que je dis est vrai) : He DID lie to us. Moi qui parle, je vous assure qu'il nous a bel et bien menti.
Impératif emphatique (faites ce que je dis) : Do mention the war!
N'oubliez surtout pas de parler de la guerre,
parlez donc de la guerre, osez parler de...
Négation : I don't want to see you anymore. / Don't do it!
Question :
Do you love me?
A l'inverse de DO verbe (faire / accomplir / avoir comme rôle, métier), DO auxiliaire est un mot-outil dont la fonction première n'est pas de "vouloir dire quelque chose" (au sens lexical du terme), mais d'apporter une aide linguistique, un support, un signal, pour poser une question / s'interroger, nier, infirmer, confirmer, constater, affirmer une vérité, insister.
DO auxiliaire change de valeur en fonction de la nature de l'échange entre énonciateurs (conversation d'ordre pratique, discussion philosophique, questionnement, entretien, joute oratoire, négation, etc.). On ne peut donc le réduire à une traduction unique. Dans une question / un questionnement, on se gardera de traduire mécaniquement DO auxiliaire par "est-ce que", d'autant plus que cette forme n'est pas nécessaire en français :
Do/Did you love her? (Est-ce que) tu l'aimes ?
What did you do today? T'as fait quoi aujourd'hui ?
De plus, DO auxiliaire ne peut se traduire par "est-ce que" dans un impératif, une validation ou une négation : She doesn't live here anymore. *??? Elle est-ce-que n'habite plus ici.
S'il n'a pas toujours de définition lexicale (donc pas de traduction automatique en français), DO auxiliaire a souvent une portée de sens, une valeur discursive (comment on "aiguille" le discours, ce que l'on veut obtenir de l'autre par les mots, ce que l'on veut gagner, en acte et/ou en parole).
DO auxiliaire est signifiant, même si cette signification ne peut être toujours expliquée, définie. Il y a donc des mots qui ne veulent parfois rien "dire" (au sens lexical du terme), et qui pourtant jouent un rôle essentiel.
Dans certains contextes, DO auxiliaire ne veut rien "dire", mais il s'avère aussi indispensable, dans l'échange entre énonciateurs, que les principaux signaux du code de la route (STOP, !, X).
Voir graphismes associés à la valeur impératif de DO auxiliaire
Le sémantisme, ce n'est d'ailleurs pas seulement le lexique, le sens des mots (définitions) : c'est aussi le montage (ordre, place, relation) des mots / des énoncés les uns par rapport aux autres, ce qu'un mot évoque dans la mémoire de celui qui parle / écoute, donc la valeur sémantique ajoutée (ce qui est dit + ce qui a été dit auparavant + ce qu'on pense qui va se dire + ce que je pense de tous ces éléments), sans oublier ce qui n'est pas dit : sous-entendu, ironie, mensonge, grimace, gestuelle. Un énoncé peut en cacher plus d'un autre, et la phrase en apparence la plus banale peut avoir des ramifications complexes.
Le sémantisme, c'est aussi la typographie (voir publicité ci-dessous), la maquette, le type et l'aspect du support (papier, écran), la ponctuation, le rythme, l'intonation, le ton, l'élocution, l'accent géographique / social, les parasites sonores, la gestuelle, les mimiques, le regard, l'enjeu discursif (ce que je veux obtenir de l'autre en parlant) : toute une signalisation linguistique (langue) et extralinguistique (réel).
In Memory of the War Bonds you Didn't buy.
Même si DO auxiliaire n'a souvent pas de sens lexical, il contribue au sémantisme de l'énoncé. Poser une question en DO / DID auxiliaire + GNS + BV ... + ? - , c'est la polariser, la charger d'une valeur discursive. Un énoncé en DO auxiliaire, quel qu'il soit, aussi banal semble-t-il, n'est pas neutre. DO auxiliaire sort l'énoncé du continuum discursif (discours routinier, récurrent). Il le nuance, module, modalise, théâtralise, lui attribue un "plus" sémantique, un rôle précis. En cela, il n'est pas sans ressembler à d'autres auxiliaires, les modaux.
Un énoncé peut ne pas avoir la même valeur en DO ou sans DO.
Exemples :
Did you see that? ... Did you see that Sir?
Dans une scène essentielle du film United 93 (2006), cette question est posée à son supérieur par un contrôleur aérien qui voit, non pas sur écran-radar mais à travers les vitres de la tour de contrôle, le deuxième avion percuter le World Trade Center à New York (9/11). Voix incrédule, hébétée, intonation neutre, regard dans le vague : le contrôleur n'arrive pas à croire / à comprendre ce qu'il voit. Tout au long du film, la mise en scène insiste sur l'aspect totalement inattendu des attentats du 11 septembre 2001.
DO auxiliaire marque la sortie du continuum (le banal, ordinaire, ordonné, commun, attendu, connu d'avance, possible, pré-dit, pré-défini, pré-vu / visible). Changement de focale : cet auxiliaire / opérateur délimite un avant et un après, pose un nouveau degré / point de vue dans ce qui est pensé / dit / échangé.
Dans cette scène de United 93 (2006), DO auxiliaire a valeur épistémique : ce que je vois est-il réel ? Ca arrive vraiment ? C'est vrai ? Vrai ou faux ? Réel / Irréel ? Comment comprendre ? Une transposition en HAVE + p. passé (present perfect) n'aurait ni le même sens, ni le même effet. On aurait au contraire une banalisation / minoration) : ???Have you seen that?
On retrouve cette sortie du continuum dans une scène décisive de Superman returns (2006). Les deux méchants, Lex Luthor et son amante, se précipitent dans un hélicoptère pour prendre la fuite. Au décollage, prise de remords, elle jette les cristaux qui auraient donné à son complice un pouvoir absolu. Réaction incrédule de Luthor, qui n'arrive pas à comprendre, qui n'avait jamais envisagé cette possibilité : What did you do?! (puis un silence).
What did you do?! (glose : tu te rends compte / tu as conscience de ce que tu as fait?! / Pourquoi ?) n'est pas ici une question attendue sur un acte banal. Elle porte sur l'existence même de l'acte et de la perception que le sujet en a : c'est bien réel ? / (dis-moi que) je rêve pas ? ??? What have you done? ne correspondrait pas à l'extra-ordinaire du geste. La question de l'existence même du fait ne serait pas posée.
Cette bifurcation / ce démarquage / cette théâtralisation n'a pas d'équivalent en français : What did you do?! / What have you done? T'as fait quoi / Qu'est-ce que t'as fait? (passé composé dans les deux cas).
What happened? Un personnage de Syriana (2005), filmé en plan rapproché, veut savoir "ce qui s'est passé" après un attentat. Contexte : agressions et attentats sont fréquents au Moyen-Orient. Question factuelle, rapide, qui cadre d'ailleurs bien avec le style hâché, quasi documentaire du film.
What did happen? A l'inverse, dans le film fantastique The Village of the Damned (1960), tourné en noir et blanc, le personnage principal, cadré de face en gros plan, pose une question théâtrale / s'interroge sur les événements mystérieux et dramatiques qui frappent le village. Il semble presque s'adresser au spectateur.
De même,
What have you done? diffère de What did you do?
It does'nt work. ≠ it's not working.
Autre exemple : Interviewé par un journaliste du Guardian (Film Weekly podcast), un acteur de Breach (2007), analyse psychologique des espions du FBI, insiste sur le fait qu'il se sent étranger au monde des ordinateurs.
De son point de vue, ordinateurs et mobiles ne sont pas nécessaires (nécessité au sens modal / éthique du terme) : I don't even have a cell phone. Jugement = moi énonciateur, j'ai réfléchi et j'estime qu'avoir un mobile est superflu. Sous-entendu : je préfère voir le monde d'un autre angle, sans être asservi aux nouvelles technologies.
En mode mineur, sans DO auxiliaire : I haven't got a phone. (situation précise > constat > déclaration factuelle, pratique) http://www.shortstorycorner.co.uk/helpinghand.htm http://corryn.net/autochthonic.html http://www.boards.ie/vbulletin/showthread.php?p=53863698
http://lloydi.com/travel-writing/round-the-world-trip/country/
The Guardian p. 12 21.2.2007
The Guardian p. 12
30 January 2009
The Guardian University 2007 p. 9 16.8.2007
Comme le souligne la graphie des deux publicités ci-dessus, avec DO aux , les enjeux sont clairs et nets.
On le voit dans ces publicités : DO aux "annonce la couleur", signale souvent à l'interlocuteur que l'échange va se polariser (affirmatif / négatif), s'intensifier et faire jouer des valeurs essentielles, décisives (analyse, vérité, volonté, mensonge, culpabilité, interdit, ce qui se fait / ce qui ne se fait pas (dos and don'ts ).
President Bill Clinton - 1998 ? "I did not have sexual relations with that woman... Monica Lewinsky" YouTube
Valeurs de DO aux : - constater, confirmer, vouloir connaître la vérité, affirmer une vérité, une volonté - nier une accusation, un mensonge, réfuter une affirmation - donner un conseil net / catégorique, un ordre - formuler une interdiction - faire de la provocation - prendre ou non une décision
Cette délimitation / orientation / polarisation du champ et des lignes de force du dialogue, qui se double d'une intensification de l'échange, ressort nettement dans les entretiens, jeux de questions / réponses, publicités, sketches et chansons.
DO auxiliaire est alors très fréquent et fonctionne comme un pivot, une balise, un signal. L'échange transite, "tourne" autour de cet opérateur.
Ceci est d'autant plus systématique que, contrairement au français, les réponses reprennent souvent l'auxiliaire de départ, remettant ainsi à chaque fois son rôle en évidence : Yes, I do / did. No, I don't / didn't > Voir échanges entre juge et accusé.
Cette focalisation sur DO se produit notamment dans les séquences avec ellipses de la base verbale (avec ou sans répétition de l'auxiliaire : No, I didn't, I didn't, I didn't!!!), l'inversion rhétorique auxiliaire-sujet et les questions tags.
Un bon exemple en est ce sketch des Monty Python :
Monty Python's Flying Circus > Argument Clinic
YouTube embedded 4 September 2009
Le texte suivant donne également un exemple de cette délimitation / sérialisation / intensification du discours par l'opérateur DO.
2003, émission télévisée de la BBC. Tony Blair, premier ministre britannique, est confronté à une série de questions relatives à la guerre en Irak :
APPLAUSE
TONY BLAIR: That is why you avoid war if you possibly can, and that is why we
went through the United Nations. Now there were innocent people, I'm afraid as
well as guilty that died in Kosovo, and in Afghanistan.
APPLAUSE Transcript of Blair's Iraq interview, BBC, Thursday, 6 February, 2003, 22:09 GMT, http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/newsnight/2732979.stm
The Guardian p. 17 4.5.2006
The Guardian p. 16 14.2.2006
The Guardian Society 2 p. 4 26.4.2006
The Guardian p. 10 17.5.2006
The Guardian p. 11 26.4.2006
The Guardian p. 9 22.4.2006
The Guardian Society p. 1 15.2.2006
The Guardian p. 4 22.2.2006
The Guardian Weekend p. 74 6.5.2006
The Guardian Review p. 16 18.2.2006
The Guardian p. 8 25.2.2005
The Guardian Weekend p. 114 18.2.2006
The Guardian p. 24 10.3.2006
The Guardian Work p. 1 18.2.2006
The Guardian Film & Music p. 7 17.3.2006
The Guardian p. 19 24.4.2006
The Guardian p. 8 4.5.2006
The Guardian Weekend p. 58 6.5.2006
The Guardian p. 17 5.7.2006
The Guardian p. 17 15.6.2006
The Guardian Film p. 8 17.3.2006
The Guardian Media p. 13 13.2.2006
The Guardian Weekend p. 10 15.4.2006
The Guardian G2 p. 4 1.3.2006
The Guardian p. 13 28.7.2006
G2
Voir aussi
ellipse de certains mots, dont DO auxiliaire
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www.anglonautes.com
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